Introduction

Passion de geek pour certains, “genre” inconnu pour d’autres, véritable bonheur pour ses amateurs, le nanar s’est aujourd’hui imposé grâce à internet.

Comment pourrions nous définir cet ovni cinématographique, qui, tel un peuple de singes enragés habillés de rouge, envahissent la planète cinéma, et parvient même, une fois par an, à poser ses pattes velues et profanes dans le cadre de la cinémathèque Française, temple d’une cinéphilie institutionnalisée. Attardons-nous quelques instants sur la définition du nanar. Nanarland, la bible de tout nanarophile, nous propose la définition suivante : «  un film tellement mauvais, qu’il en devient sympathique », mais, cette définition ne couvre pourtant pas entièrement ce qu’est le nanar et ce qu’il peut représenter. Ce dernier s’est imposé par le dévouement et l’acharnement d’une poignée d’amoureux des vhs, et autres vieilles pellicules, comme un genre et une cinéphilie à part entière, grandement aidé par les nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Mais pourquoi, comment ses films autrefois rejetés, non projetés, relégués en “catégorie Z” ont-il pu devenir objet d’une philie ? Entre d’autres termes, comment et surtout pourquoi la nanarophilie s’est-elle imposée comme un pan de la cinéphilie, développant un appareil critique, une philosphie, une esthétique ?
Tentons de voir ici comment le nanar s’est affirmé comment un genre et une philie (I), puis nous étudierons le rôle d’internet dans la diffusion du nanar (II)

I L’affirmation d’un genre

Aimer les nanars n’est point une culture aussi légitime que pourrait l’être une cinéphilie plus « classique ». On ne parle pas de Cüneyt Arkin comme on parle de Louis Jouvet, on n’a pas le même amour pour Ed Wood que pour Marcel Carmé, les dialogues de Hitman la Cobra ne furent pas écrits par Prévert ou Audiard. Pourtant bien que la nanarophilie s’oppose à la cinéphilie sur ces critère institutionnelle sur tout un semble de critère, elle n’en est pas moins devenue une cinéphilie.

A- Tout Mauvais film n’est pas un nanar

B- Un genre codifié, structuré

C- Qui s’organise et investit les centre de la critique et la cinéphilie



A- Tout Mauvais film n’est pas un nanar.



Au fond qu’est-ce qu’un nanar ? Est-il possible de proposer une définition simple ? Le nanar est-il un genre, ou au contraire serait-il transgenre ? Si un nanar peut se définir comme un mauvais film, tout mauvais film n’est pas un nanar, et aimer les nanars, ou du moins les regarder ce n’est pas aimer le mauvais cinéma. Le nanar doit être si mauvais, réunir un tel nombre d’erreur de réalisation, un jeu d’acteur approximatif, un scénario bancal, etc. Certains de ces films sont tellement mauvais qu’ils devienne des joyaux du genre. C’est dans la médiocrité qu’émergent des nouvelles qualités pour ces films. Comme nous le prouvent les deux extrait suivants :

Ces dialogues des plus fleuris sont extraits de hitman le Cobra, un film de Godfrey Ho , en 1987 à Hong Kong. Ici c’est bien l’écriture même du dialogue, toute en finesse, le cabotinnage des acteurs sublimé par le doublage, les fusil d’assaut en plastiques font de ces scènes, des brillants moments de nanar, dont se délectent les amateurs. On aurait tort de rejeter ces deux extraits aux seuls prétexte que leur caractère potache puisse les faire ressembler à des vidéos virales, à une simple blague. Ils nous permettent d’illustrer notre propos et d’entrevoir ainsi une définition du nanar. Pourtant, ces deux scènes sont les seules du films à valoir la peine d’être regardées à en croire le chroniqueur de nanarland.
« Voici Richard Harrison et Mike Abbott qui jouent à la guerre comme des gamins dans une cour de récré… Et on dirait que tu serais le méchant et on dirait que je serais le gentil et qu’on se cacherait dans un terrain vague. Hélas, trois fois hélas ! Le reste du film est loin d’être à la hauteur de ces scènes hallucinantes. Il s’agit pourtant d’une de ces productions rafistolées façon créature de Frankenstein par Godfrey Ho. Toutefois pour notre malheur, les parties gweilos de ce “deux en un” sont malheureusement extrêmement réduites. Evacuons tout de suite la partie asiatique du métrage, qui occupe tout de même près des trois-quarts de l’histoire. C’est un film de guerre philippin, parfaitement cohérent pris tout seul, mais qui se veut malheureusement à la fois terriblement sérieux, patriotique et réaliste.(…) Le film n’est pas foncièrement mauvais, juste très ennuyeux, alignant ainsi quelques combats dans le noir assez peu lisibles et de grandes périodes mélodramatiques où les personnages s’interrogent sur le sens de leur camaraderie perdue. »
Ici le film trop mauvais ou trop sérieux est considéré comme ennuyeux, car, ce que recherche l’auteur (et tout nanarophile) ce sont ces accumulations d’erreurs, de scènes irréalistes, grossières, de dialogues pathétiques et stupides, comme on peut le voir dans l’extrait suivant : N’est pas nanar qui veut, la sélection est dure, en fait peu de films méritent le titre de nanar comme nous l’explique encore une fois notre ami chroniqueur :
« Les nanardeurs que nous sommes sont parfois comme des chercheurs d’or. Il nous faut tamiser des mètres cubes et des mètres cubes de limon boueux pour parfois remonter une minuscule pépite dont l’éclat doré réchauffera enfin nos cœurs harassés par l’effort. Remplacez la rivière de montagne par un magnétoscope et le tamis par une télécommande et vous aurez une idée de ce qu’est notre lot, nous, humbles saltimbanques du net, qui après des nuits blanches à visionner des tombereaux de téléfilms miteux ou de séries Z oubliées, dénichons enfin LA scène nanarde, LE dialogue abscons, LE trucage raté, qui récompensera ces soirées de déchéance sociale, affalés sur le canapé entre le coca et les chips. »
Outre le style de la chronique, il est important de comprendre que le nanar doit réunir un nombre d’élément important. A en croire l’auteur, trouver le nanar serait une quête du saint gral dans les abimes du cinéma, le film dont est extrait le film ne serait tout simplement pas un nanar, mais plus un navet à savoir un film ennuyeux et insipide. Dans le même esprit, est présente sur nanarland la rubrique, « on s’est fait avoir » dans lequel sont chroniqués des films qui réunissaient à première vue des éléments nanar (acteurs, réalisateurs, titre, scénario). Cette définition par l’inverse nous aide d’avantage à saisir ce que peut être le nanar. Ainsi ne seraient pas nanar : -Les gros navets -Les trop bons films - Les films Films évoluant entre nanar et navet sans être ni l’un ni l’autre - Des films aujourd’hui devenus Kitch mais ne méritant pas : « label “nanar” »
Ces quatre catégories ne sont bien évidemment pas la norme de la nanarophilie, si tant est qu’il y ait norme. Pourtant on remarque à la vue de ces éléments que l’appréciation de ces mauvais films sympathique est plus ou moins codifiée, ainsi une définition par l’inverse du nanar est possible.
Un nanar n’est pas un film ennuyeux, il n’est pas non pus un trop bon film, un nanar ne doit pas être pris au sérieux. C’est en quelque sorte le “nabel nanar” mentionné ci-dessus. A la vue des ces éléments, n’est possible que le nanar soit-il devenu un genre codifié ?

B- Un genre codifié, structuré ?



Les nanars sont la plupart du temps des films de genre, nous choisissons ici de parler de genre à propos du nanar. En effet, comme pour un film de genre, c’est avant tout u nanar que l’on va voir, peu importe le réalisateur, le scénario, Comment ce genre, et surtout la “philie” autour se sont-ils structurés ? La cinéphilie nanarde se forge en partie en réaction à une cinéphilie institutionnalisée, à la politique des auteurs. Aimer le nanar, se serait presque comme faire un pied de nez aux cahier du cinéma, à positif, à la critique. Non sans humour et sans ironie, nanarland, nous apprends que, leur amour du cinéma bis et des série Z s’organise lui aussi autour d’une politique des auteurs : « Nanarland respecte à sa manière la « politique des auteurs » des Cahiers du Cinéma. Un nanar ne serait rien sans la patte de réalisateurs et de producteurs à la hauteur de la démence du projet. Artisans du cinéma psychopathe, nababs de la série B : découvrez les hommes de l’ombre du nanar. » On aurait évidemment tort de voir ici un simple décalque de la politique des auteurs, pourtant on voit ici une affirmation du statut du réalisateur, une sorte de glorification par l’inverse. C’est dans l’ultra médiocrité de leur travaux que s’affirme le « génie » dans ces auteurs, on peut citer ici l’exemple de Tim Burton, qui parvint à redre un sublime hommage à Ed Wood. Au yeux du nanarophile ces artisans du cinéma n’ont pas raté leur carrière, mais l’on au contraire réussi, il s’agirait de sortir de porter vers la gloire des films ou des personnalités oubliées, reléguées. Nous pouvons ici citer les propos de Laurent Jullier, qui dans son ouvrage Cinéphiles et cinéphilie- Une histoire de la qualité cinématographique, définit la nanarophilie comme une cinéphilie de réparation, permettant de s’approprier des objets autrefois méprisés, relégué, mais surtout à les partager au seine d’un groupe partageant peu ou prou les même valeurs. « La promotion consiste à redonner vie et considération à des films non seulement invisibles mais écartés de la prjection cinématographique du fait de leur médiocrité, de leur stupidité ou de leur indignité » p 187(…) « Alors que la cinéphilie de l’héritage ne constitue que l’affirmation d’un goût individuel partageable via l’échange sur le web, la cinéphilie de la réparation nous confronte à la revendcation d’un goût subversif, à l’affirmation d’une posture esthétique hétérodoxe par rapport à la cinéphilie en général. C’est ce qui permet de parler de communautés esthétiques, bien qu’il s’agissse moins de collectif existant que de forme de consommation marginales… »
Ces communautés d’amateurs se réapproprie ces objets en ayant une lecture préférentielle, un regard distancié. Un appareil critique s’est développé, et bien des films font sur nanarland l’objet d’une chronique avec une critique en bonne et due forme, dans laquelle est analysée le jeu d’acteurs, la réalisation, le scénario, etc.. Les fils sont critiqués, mais également analysés, critiqués, disséqués.
La nanarophilie se veut avant tout comme une cinéphilie au second degré, récréative, comme en témoigne d’ailleurs le « slogan » de narnarland.com « le site des mauvais films sympathiques ». Ainsi, les études et les textes les plus farfelus circulent sur le site, nous livrant par exemple une analyse sur un chef d’œuvre du genre Blood Freak, en nous permettant : « d’appréhender de façon approfondie les thématiques du syncrétisme religieux, du libre arbitre et des hommes-dindons mutants. » C’est dans cette lecture préférentielle, que la « philosophie du nanar » est forgé. Il s’agit avant tout d’une cinéphilie récréative, qui reprend les code de la cinéphilie classique pour mieux s’en moquer, pour mieux en rire. Car voilà bien l’un des principaux critères de la cinéphilie nanarde : le rire. Le rire provoqué par ces scènes tellement ridicules, ces acteurs tellement mauvais qu’ils en deviennent risibles. C’est au nombre de rire que se mesure le succès d’un nanar.
Aujourd’hui la nanarophilie s’organise, se structure et investi jusqu’à la cinémathèque française.

C- Qui s’organise et investi les centre de la critiques et de la cinéphilie



Le nanar occuperait-il désormais une place nouvelle sur le paysage cinématographique ? Les amateurs du kitch, du gore, seraient-ils devenus des cinéphiles comme les autres ? S’il est évident que la nanrophilie constituent un ovni, une consomation marginale, force est de constater qu’elle jouit désormais d’une certaine visibilité.
Des rendez-vous, des magazines, des festivals sont aujourd’hui consacrés à ces films de l’ombres. Ainsi, depuis 7ans, se tient au sein du temple du cinéna, la cinémathèque française, La Nuit Excentrique, grand rendez-vous annuel des nanardeurs. Durant la soirée et une partie de la nuit, sont projetés aux nanarophages plusieurs films entrecoupés de bandes annonces, de montages et autre joyeusetés filmiques à déguster dans la bon humeur. Un cinéma de seconde zone entrant dans la cinémathèque française, auréolant ces « oeuvres » d’une gloire nouvelle. Ainsi, ainsi, chaque année est organisé chaque année à grenoble le Festival des maudits films. Si le termen nanar n’est pas repris dans le titre, les buts sont les mêmes, à savoir projeter des films qui, n’étaient jusqu’alors pas jugés projetables, n’étaient pas dignes d’intérêt, permettant ainsi leur (re)découverte, leur réappropriation par le public, par une critique… Bien que non spécialisé dans le nanar, le magazine Mad Movies, poursuit pourtant les mêmes buts. S’étant saisi d’un genre délaissé, pour ne pas dire méprisé par la critique, le cinéma d’horreur et fantastique, s’intéressant à des films qui ne sortiront bien souvent jamais en France. Fondé en 1972 par Jean Pierre Putters, et conçu au départ comme un Fanzine, il paraît en Kiosque depuis 1982, le magazine s’est petit à petit professionnalisé, mais conserve toujours les mêmes centres d’intérêt.
La nanarophilie s’est structurée, autour de magazines, grâce à des festivals, et surtout autour d’une communauté de nanardeurs, véritables découvreurs de pépites cinématographiques. C’est grâce à internet que ces films ont pu circuler, que ces communautés ont pu se fédérer et s’exprimer.

II- Internet : support idéal du nanar ?

C’est par internet qu’a pu se développer, s’établir et surtout se fédérer la nanarophilie. Les forums, les sites, et les pure players et les réseaux de partage en peer to peer en furent les outils. C’est par des canaux non officiels, que s’est opérer cette diffusion, rapprochant le nanar des phénomènes de viralité sur internet,


A- Une vitrine du nanar.

Internet a permis au nanar de sortir de l’ombre, d’occuper une nouvelle place dans le paysage cinématographique, ne réservant plus le nanar qu’aux aficionados de la première heure.
Il serait quasiment superflu ici de revenir sur l’importance et l’impact d’un site comme « nanarland.com ». Véritable centre de documentation sur les films et ses personnalités, l’histoire et la « philosophie nanarde ». Le site est sans doute aujourd’hui le plus connu dans le domaine de la nanarophile, étant son public, déringardisant l’image du nanar. Notre travail s’est en partie basée sur ce site, il est évident qu’il constitue sans doutes une excellente première approche pour le grand public, mais a aussi permis de fédérer une communauté.

Si à l’heure actuelle, les forums du sites sont en pannes, la page officielle facebook du site, qui compte un peu plus 11 000 membres, permet de fédérer une communauté de nanardeurs, mais surtout d’aller au delà de cette première communauté.
Les forums du site de Madmovies, concentrent aujourd’hui un nombre important de discussion, et participent à la vie d’une communauté à la connaissance et à la reconnaissance d’un genre.


B- Viralité nanarde et sauvegarde des oeuvres

C’est grâce à internet qu’ont pu être diffusé les nanars, c’est un véritable réseau de diffusion et de promotion qui s’est développé. Le web2,0 et les plateformes pure players ont joué un grand rôle dans l’explosion de la visibilité dfes nanars, beaucoup d’extraits ressembent à des vidéos virales et furent énormément consultées. Prenons par exemple les deux vidéos suivantes .

Cette scène est extraite d’un film Turc de 1982 intitulé Dünyayi kurtaran adam, traduit par l’homme qui sauva le monde, et surnommé Turkish Star Wars. La vidéo fut visionné près de 237 000 fois sur youtube. Nous ne reviendrons pas iici sur extrait, l’analyser serait sortir du périmètre de notre étude. Il est intéressant de voir le succès de la diffusion ce cet extrait. Mais si nous sommes dans des caractéristiques de viralité, ne sort-on pas du cadre du nanar ?
Comment un extrait peut-il être représentatif du contenu d’un film ? Ne s’agirait-il pas plutôt de détournement ? La nanarophilie, s’est tout de même établi autour de certains codes (connaissances des auteurs, analyse et critique des films, échanges entre amateurs), s’(il est vrai que des tels extraites permettent de faire sortir cette passion de l’ombre, ils n’en sont pas pour autant la meilleure vitrine.

Mais plus que le simple partage des vidéos, les nouvelles technologies de information et de la communication ont permis la sauvegarde de ces films ou tout simplement les ont donner à voir et on aurait tort de voir dans internet un ennemi de la nanarophilie.
c’est surtout de manière plus ou moins légales et plus ou moins officieuse que se diffuse les nanars, si la plupart du temps seuls des extraits des films sont disponibles, il arrive que certains films soient disponibles en entier, toujours de manière officieuse.
Il ne s’agit bien évidemment pas de copies ou de diffusion légales, ce sont des amateurs qui numérisent ces vieilles vhs, parfois quasi introuvables en France. Plus que sous le manteau les films sont diffusés sur la toile. Youtube et les réseaux de peer to peer permirent le partage et la sauvegardes de nombreux films en les copiant en format numérique. Surtout, nombreux sont ces films qui n’étaient pas distribués en France et ne l’auraient jamais été. Ainsi, c’est grâce à internet qu’ont pu se diffuser des chefs d’œuvres comme Turkish Star Wars ou encore blood freak.
Plus réparatrice que jamais, la nanarophilie a trouvé dans internet les moyens d’exister, de s’exprimer et de s’approprier les contenus de ces films, mais surtout de les sauver.